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Staple.ch | 19 décembre 2018

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Brille entre amis politiciens : Podemos

Podemos

L’Espagne connait un blocage politique hors normes. Sans gouvernement, le pays a, de nouveau, proposé des élections législatives, ce dimanche 26 juin, permettant d’ouvrir la voie à une majorité politique gouvernementale. Une majorité que Podemos, aurait bien voulu occuper. En vain. Retour sur ce mouvement très médiatique entré dans la mouvance de la nouvelle gauche alternative européenne.


Janvier 2014, un nouveau groupement politique espagnol fait son apparition. Appelée Podemos, soit « nous pouvons », cette formation est issue du mouvement du 15 Mai, en 2011. La population, exacerbée par une vieille démocratie qui ne les comprend plus, se réunit par centaine de milliers à Madrid pour dénoncer un système politique inadéquat. Ces hommes et femmes de tout milieu se font vite appeler les Indignés. De ce mouvement des Indignés naîtra Podemos, créé par des intellectuels espagnols, ambitieux de légitimer et d’officialiser ces contestations populaires. C’est le charismatique et chevelu Pablo Iglesias Turriòn, professeur de Sciences politiques à l’Université Complutense de Madrid qui en deviendra la figure de proue en prenant la tête du parti le 14 janvier 2014.

 

Les élections générales du 20 décembre 2015 connaissent un véritable retournement et ceci grâce à Podemos. Son succès dans les urnes est tel, qu’il ébranle la très stable bipolarisation politique espagnole entre le Parti Populaire (PP) et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE). Arrivé troisième, Podemos inscrit 69 députés et 16 nouveaux sénateurs au sein du pouvoir législatif. Une surprise comme un triomphe pour le parti âgé seulement d’une année et quelques poussières. Surtout que Podemos, issu du peuple, se veut très différent dans sa démarche et ses perspectives. Dès ses débuts, le parti se caractérise par son absence de bureaux, de structures; les débats prenant place dans les rues, entre les citoyens organisés répondant aux invitations quotidiennes des représentants de Podemos. Une manière très populaire de « faire les choses » que la formation met en avant.

 

Et ce n’est pas seulement ce qui plait aux partisans. Le programme et l’ambition politique sont eux aussi très séduisants, dans un pays où le chômage atteint le quart de la population et où les scandales de corruptions affolent la presse. Dans les grandes lignes, le mouvement reste anti-austérité en proposant une réforme de l’imposition nettement axée sur une meilleure redistribution. L’augmentation du salaire minimum et l’ambition d’un revenu minimal de base sont également centraux dans le système proposé par le parti. Aussi, les idées progressistes alimentent fortement l’identité de Podemos, comme l’acquisition facilitée de la nationalité espagnole et l’aide aux réfugiés. Aussi, les partisans de Pablo Iglesias insistent sur la fin d’un clivage gauche-droite pour faire place à une perspective plus socialiste: caste contre peuple. Le but est ainsi de bousculer les codes politiques qui selon eux, ne fonctionnent plus, d’écraser les lobbys et l’establishment. Des idées que beaucoup critiquent comme trop proches du concept de la gauche d’Amérique latine.

 

Dans sa mouvance très alternative, le programme des élections générales de 2016 a réellement fait bouger les codes, en communiquant comme sur un catalogue Ikea. L’idée ? Interpeller la jeunesse. Mais pas seulement. Dans une démarche plus conventionnelle, le troisième âge, « tout autant désavantagé par le système actuel » est lui aussi visé. Atteindre le maximum de citoyens, avec une communication extrêmement bien rodée, mais aussi s’allier avec le plus possible de petits partis pour devenir le leader populaire espagnol, Unidos Podemos. Évidemment, rien n’est plus dur de convaincre l’historique PSOE, avec qui les divergences sont notoires, comme principalement l’indépendance de la Catalogne, entre autres. Mais si le modernisme médiatique et intellectuel de Podemos s’inscrit comme l’allié du conservateur PSOE, les programmes auraient sûrement des allures d’une gauche forte, progressiste et unifiée, chose rare en Europe aujourd’hui. Et peut être que l’Espagne aurait enfin un gouvernement. Malgré son échec lors des élections générales, Podemos croit encore et toujours qu’elle peut.

 

Crédit photo : anticapitalistes.net


Références

Euronews: Podemos, nouveau parti espagnol de gauche ou mirage médiatique

Le Monde diplomatique: Podemos, le parti qui bouscule l’Espagne

Le Monde: Législatives espagnoles: le Parti populaire en tête, les socialistes devant Podemos

Equinox magazine: Podemos: 394 propositions résumées en 4 points

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